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Festival d’Angoulême : qui a peur de la parité ?

Alors que le FIBD d’Angoulême vient de révéler sa Sélection Officielle, nous voulons interpeller ses organisateurs sur le manque flagrant de parité au cœur du comité de sélection et du grand jury.

Non seulement de plus en plus de femmes publient de la bande dessinée, mais encore davantage de femmes font de la bande dessinée leur métier et/ou leur passion. Éditrices, libraires, universitaires, bibliothécaires, journalistes, enseignantes, critiques, chargées à la culture, attachées de presse, … lectrices !

Bien que nous constations la présence d’autant d’hommes et de femmes circulant sous les chapiteaux du FIBD il n’en est rien pour les jurys de sélection, voilà le problème. Sur les douze dernières années, le jury qui remet les prix n’est constitué en moyenne que de 23,8% de femmes, proportion qui tombe à seulement 14% dans le comité de sélection !

Le dévoilement de la Sélection Officielle et des Fauves décernés font partie des temps forts de notre année. Les postes décisionnaires, au sein du comité de sélection et du grand jury, représentent donc des enjeux importants, et sont censés être représentatifs de notre environnement. C’est pourquoi nous demandons aux organisateurs du FIBD d’appliquer la parité dans ces comités, dès l’année prochaine. Il n’y a aucune raison de ne pas le faire. Qui a peur de la parité ?

Notre rapport complet accessible en PDF

Sexisme médiatique

« La littérature et les bandes dessinées pour les filles sont monnaie courante. »
Ah bon ?! Mais… Quel.le.s auteur.e.s ont revendiqué cela ?
Nous a-t-on demandé, à nous les auteur.e.s, si nous consacrions notre travail à certaines personnes sur base de leur sexe biologique ou de leur genre ?
La citation choisie provient d’une récente chronique de bande dessinée dans Glam Attitude. Bien que ce soit un magazine adulte, et que l’article soit consacré à une bande dessinée adulte, la journaliste choisit d’infantiliser tout le monde d’entrée de jeu. Bandes dessinées pour les filles.

S’il s’agissait d’un cas isolé, on en rirait presque. Malheureusement nos années passées à promouvoir notre travail nous laissent penser qu’un pacte a été signé entre certains éditeurs, libraires et journalistes pour définir notre style narratif selon les stéréotypes de genre les plus réducteurs. Allez savoir ce que ça leur rapporte mais nous, nous en avons bien marre !
Tout aussi récemment que Glam Attitude, le magazine Femina avait publié un article intitulé « 5 bd de filles pour filles« , titre à couper le souffle ! Pourtant le contenu de cet article laissait transparaître que la journaliste considérait les ouvrages chroniqués de qualité en dehors de toute considération de genre, et de nature à pouvoir toucher tous les publics. Bien qu’une des autrices impliquées leur ait demandé de changer le titre, et que des internautes aient laissé des commentaires en fin d’article pour leur suggérer la même chose, faisant part de leur indignation, Femina a refusé. Nous leur avons alors écrit, en tant que collectif, pour leur signifier les enjeux qu’un tel titre représente, leur demandant à notre tour de simplement le changer, et – peut-être !- de lire notre charte.
Au lieu de nous répondre Femina a pris une autre décision : supprimer tout l’article. Plutôt que de cesser d’infantiliser des autrices, ils ont préféré ne pas les chroniquer du tout !

Dans notre charte nous évoquons les dangers des différenciations et hiérarchisations stéréotypées. Prétendre qu’une autrice soit une fille qui fasse de la BD pour filles est non seulement infantilisant mais persiste également à véhiculer l’idée que ce qu’écrivent ces autrices ne pourrait pas intéresser des hommes, ce qui est faux. Ce que les gens aiment lire n’a pas besoin d’être rabaissé à une binarité arbitraire des genres et des sexes. Le pouvoir des médias est central dans la perpétuation de clichés sexistes, et c’est justement par le biais des journalistes que nous pouvons espérer faire avancer les choses !
Cher.e.s journalistes, soyez du bon côté de l’Histoire !

Rendez-vous ce mardi !


Parisien.ne.s venez nous retrouver à La Petite Rockette ce mardi 1er décembre à partir de 19h00 !
Un échantillon de notre collectif viendra discuter avec vous du contenu de notre charte, des aspects du sexisme en bande dessinée, et… des questions que nous avons marre d’entendre !
C’est mardi, c’est gratuit, c’est au 125 rue du Chemin Vert !
Métro Père Lachaise (Lignes 2 et 3)

Pour voir l’évènement facebook c’est par là.

We do badges too!

Le Festiblog (Paris) et Quai des Bulles (St-Malo) approchent à grands pas ! En vue de ces festivités et des suivantes les créatrices angoumoisines et leurs ami.e.s ont passé un après-midi à créer des badges aux couleurs du collectif. Le port de ces badges vous permettra d’identifier les créatrices signataires de la charte contre le sexisme. Des flyers seront également en circulation ; vous pourrez en récupérer afin de nous aider à répandre nos idées alentour. Nous espérons avoir le temps et le budget de presser davantage de badges avant le festival d’Angoulême, ce qui nous permettra de vous en offrir aussi.
Merci à la Maison Des Auteurs de nous avoir accueilli.e.s dans ses locaux cet après-midi-là !

Toutes les photos sont signées Alain François. Davantage sont consultables sur ses sites web relatant de la vie des auteur.e.s de BD à Angoulême, en noir et blanc comme en couleurs.

Mansplaining, 30 millions d’amis des femmes

Peut-être en avez vous entendu parler, un éditeur et théoricien de la BD, Thierry Groensteen, a récemment honoré le blog de la Cité BD d’un article pour dire tout le mal qu’il pense de nous.
Expert et respecté sur des sujets séquentiels, notre charte féministe l’a rendu si perplexe qu’il s’est senti le devoir de venir nous taper sur les doigts, comme un maître d’école bien maladroit. Beaucoup d’internautes ont su déceler le ton paternaliste du théoricien qui en bon ami des bêtes femmes nous explique comment il faut faire, et qui – soumis à une mémoire sélective très ciblée – ne sélectionne que la partie qui l’arrange de notre discours, ce que quelques unes ont pu dire ou faire en 1970 ou il y a 4 ans, tout en pensant à leur place (« Chacune de ces femmes de Lettres serait très surprise » selon lui) ou en manquant de citer les sources convenables. Le tout en nous rappelant que le sexisme c’est mal quand même, finissant sur une liste de noms longue comme le bras souhaitant prouver que les femmes la féminité tout ça, il s’y connaît.

©Anne Simon

L’article de Groensteen n’est que la partie visible d’un iceberg. Si on réagissait à tous les rabats-joie qui ne demandent pas mais affirment, qui nous écrivent parce qu’ils ont relevé une incohérence, parce que la non-mixité c’est du ghetto, parce qu’il y a tant d’années telle autrice a dit ou fait telle chose en contradiction avec la charte aujourd’hui, hé bien on en aurait jusqu’à la Saint Glinglin !
Nos actions actuelles pour nous émanciper ont donné du mauvais palpitant à tous ceux qui tentent de nous diviser ou de s’immiscer dans le groupe. Comment est-ce possible que tant de femmes portent ensemble ces revendications ? Comment ça, briser les rôles et stéréotypes sociaux du féminin et du masculin ? Et moi ma masculinité alors…? Qui suis-je, que suis-je…? Oui c’est effrayant, oui c’est un débat de société.

Se déclarer auteur femme, auteur noir, auteur gay, lesbienne, trans, se déclarer tel quel parce qu’on écrit sur sa propre condition et sur l’oppression qu’on subit, notre collectif n’a jamais remis cela en cause. Nous citer hors contexte ou tout mettre dans le même sac c’est de la basse désinformation.
La seule chose originale qu’a rédigé Groensteen par rapport aux autres grammairiens qui nous écrivent concerne son opinion sur la masculinité et la féminité. «Bien sûr que les hommes qui font profession de dessiner le font avec leur masculinité !» Nous avons bien ri en imaginant ce que cela pouvait donner. Pourtant il nous dit plus loin qu’on crée à partir de ce que l’on est : un produit socio-culturel. Ça tombe bien, nous avions écrit dès le départ que le féminin et le masculin sont des constructions socio-culturelles, donc en mouvement, difficile à délimiter !
Mais maintenant nous sommes très curieuses de ces hommes qui dessinent avec leur masculinité ! Ami auteur qui dessine avec ta masculinité, écris-nous s’il te plaît ! Nous voulons des témoignages ! Peut-être ceci nous aidera à commencer à dessiner avec notre féminité ! Parce que jusqu’à maintenant, pour créer des histoires et des personnages – peu importe leur sexe et leur vécu – nous faisions appel à nos émotions et notre empathie. Les limites d’un auteur à rendre hommage à ses personnages ne se délimitent pas par le dosage de féminité/masculinité en elle/lui mais en capacité d’empathie, de dépassement de soi, de compréhension de l’autre, de sincérité. Même femme on peut raconter les tranchées de la Grande Guerre (Mauvais Genre), même homme on peut parler shopping ou bien s’inventer Judith Forest.

Nous convenons que le voile que nous soulevons soit effrayant pour certain.e.s. À bout d’argument et dans l’ignorance totale on nous sort même que le genre est une théorie en contradiction avec le sexe biologique (voir commentaires de l’article sur citebd.org). Non seulement dire cela fait du mal à beaucoup – beaucoup – d’individus, mais cela nie aussi le travail mené en Sciences Sociales depuis plusieurs générations, autant par des chercheurs scientifiques, des neurobiologistes, des psychanalystes et des sociologues pour nommer l’inné et l’acquis.

Nos témoignages et déclarations concernent une réalité concrète, celle que nous et beaucoup d’autres vivons, dans la vraie vie. On n’est pas en train d’interpréter une planche de bd. Ce n’est pas à nous de faire «encore un effort» pour briser les stéréotypes qui nous affligent, c’est à tout un chacun de faire ce travail sur soi. Comme nous l’avons écrit précédemment sur ce blog, cette prise de conscience ferait déjà reculer le sexisme ordinaire. N’oubliez pas de vous inscrire à notre newsletter pour suivre nos activités à ce sujet ! En attendant, nous continuerons de penser notre condition et de créer nos livres comme nous l’avons toujours fait : sans les conseils de papa.

©Florence Cestac

Toutes les féministes sont dans la nature


Sacha Guitry, grand phallocrate devant l’éternel, a eu un jour ce mot célèbre : « Je suis contre les femmes, tout contre. »

Il disait vrai : ceux qui détestent le plus les femmes, et a fortiori les féministes, sont également ceux qui ont le plus besoin d’elles. Elles sont leur raison de vitupérer, de désespérer, et de soupirer… langoureusement ? Bref, elles sont leur raison d’être.

C’est vrai qu’on ne saurait être plus à son avantage, en tant que phallocrate, que devant une féministe à critiquer ! Par exemple, les féministes seraient pétries de contradictions. N’en déplaise aux esprits chagrins, elles ont non seulement des avis qui peuvent sembler (à tort ou à raison) contradictoires, mais en plus, elles entendent le faire savoir.
C’est précisément en cela que les femmes sont des sujets et non des objets. Leur subjectivité rend leur discours multiple. Et c’est bien pour cela que la création du collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme est déjà, en soi, une victoire. Fédérer autant d’individualités autour d’une charte anti-sexiste, c’est une avancée dont le petit monde de la bande dessinée peut s’enorgueillir.
Militant avec persévérance pour un objectif similaire, à savoir la lutte anti-sexiste et la meilleure reconnaissance des œuvres faites par les femmes, le prix Artémisia a un positionnement féministe qui lui est propre. Et c’est tout à son honneur.
Néanmoins, toutes les féministes ayant leur subjectivité, elles ne sauraient toutes s’y reconnaître. Le collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme regroupe en son sein des positionnements féministes de toutes obédiences et vise des modes d’action plus étendus que la remise d’un prix. C’est en cela ( et pour répondre à l’invitation que le prix Artémisia lui a faite sur son site ), que le collectif n’a pas vocation à rejoindre le prix Artémisia mais, qu’en revanche, nombre de créatrices impliquées ou récompensées par le prix se retrouvent signataires de la Charte.
Somme toute, c’est assez facile à comprendre… Sauf, peut-être, pour des esprits chagrin. Mais gageons qu’ils y trouveront leur compte !

Non-mixité et auto-émancipation


La phrase d’introduction de notre charte contre le sexisme le martèle avec clarté : notre travail est constamment l’objet de questions, pressions et discriminations sexuées dont nos collègues masculins ne font pas l’expérience.
La raison d’être de notre collectif est de composer un groupe de parole et de décision où des créatrices parlent librement de la manière dont leur travail et leur personne sont discriminé.e.s parce qu’elles sont nées dans un corps de femme ou s’identifient en tant que femme, le tout en cherchant ensemble des façons d’améliorer notre condition. C’est aussi simple que cela.

Persiste cette légende que l’avancée des droits humains, des femmes, d’ethnies, de libération sexuelle, etc, tient d’un progrès social qui irait de soi. Alors que l’Histoire s’écrit tout autrement. De par leurs luttes pour leurs propres droits, des mouvements minoritaires ont obtenu certaines avancées sociales, ce qu’ensuite la majorité accepte comme une bonne chose, comme normal, mais… tout en continuant de déprécier ces mouvements minoritaires. Les luttes féministes en sont un bon exemple.
Notre collectif s’inscrit dans la continuité de ces luttes car personne d’autre que nous ne peut décider comment améliorer notre propre condition. Et attendre qu’un progrès social s’opère de lui-même serait se bercer d’illusions.
La non-mixité que nous avons choisie, où nous ne partageons pas notre pouvoir de décision avec nos acolytes masculins, a entraîné incompréhension, vexation voire rejet immédiat chez certains. Ce phénomène nous ramène à la notion de privilèges. Le privilège blanc, le privilège hétérosexuel, le privilège masculin. Nos confrères ont le privilège de ne pas voir leur travail artistique sans cesse perçu voire expliqué par le prisme de leur sexe ou de leur genre. Nous le disons sans agressivité, nous voudrions seulement qu’ils en prennent conscience car c’est un problème de moins dans leur vie, un avantage basé seulement sur un facteur chance. Tout comme la plupart d’entre nous ne connaitra jamais la difficulté de faire son coming-out au boulot, ou d’avoir un nom à consonance étrangère à inscrire sur une demande d’appartement auprès d’un propriétaire parisien. Une prise de conscience de nos propres privilèges participerait déjà grandement à réduire un tas de discriminations ordinaires.

Nous n’avons pas choisi la non-mixité parce que nous ne voulons pas des hommes. Nous avons choisi la non-mixité pour qu’une parole LIBRE puisse s’installer entre les personnes qui subissent directement la misogynie dans leur travail de bande dessinée. Nous ne reviendrons pas sur notre décision car la non-mixité, voulue, est vitale à cette liberté, à la disposition des femmes à s’exprimer sur ces sujets.

Ceci étant dit, nous demandons dans notre charte que tout le monde prenne conscience de sa responsabilité morale face au sexisme. Cela signifie que chacun.e peut aider à le combattre. Si vous êtes en accord avec le contenu de notre charte, que vous désirez suivre nos actualités, participer à des actions aux côtés de notre collectif, sensibiliser les foules, participer à des échanges publics… bref si vous souhaitez VRAIMENT aider à lutter contre le sexisme, écrivez-nous pour nous donner vos coordonnées ! Nous allons rapidement mettre en circulation une newsletter qui vous informera sur nos actualités et vous invitera à y participer. Nous ne prétendons pas améliorer notre bulle bd à nous toutes seules, votre force et votre enthousiasme y sont essentiels !
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Le CBBD fait la sourde oreille !

gautier Au lendemain de la publication de notre charte, le Centre Belge de la Bande Dessinée a diffusé un communiqué dans lequel son directeur ne renonce aucunement au projet «La bd des filles», considérant la bd proposée aux personnes de sexe féminin comme « un sujet passionnant ».

Notre collectif n’est toujours pas enthousiasmé par les intentions du CBBD. Nous appelons donc tou.te.s les créateurs et créatrices de la profession à refuser d’exposer dans quelque cadre que ce soit (musée, festival, galerie, bibliothèque etc) à partir du moment où des stéréotypes sexués sont utilisés pour présenter leur travail.

Nous espérons sincèrement que les institutions désirant créer un projet positif sur la représentation des femmes en bande dessinée et/ou le travail des créatrices de BD comprendra l’envergure des dangers du sexisme et des rapports de domination dans notre milieu littéraire. Nous les invitons à nous contacter pour en discuter le contenu. La volonté de notre collectif reste d’épauler nos partenaires dans la création de tels projets.

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