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Pas de progrès sans luttes

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Nous voudrions célébrer avec vous quelques victoires. Non pas que nous en soyons à l’origine, mais parce que les avancées féministes sont inter-connectées. Il n’y a pas d’échelle de valeurs dans nos combats dès lors que chaque bataille est menée pour améliorer la condition des femmes, des jeunes filles et des minorités de genre. Croire que la société va avancer toute seule vers une amélioration « progressive », « naturelle » est une illusion fortement ancrée et orchestrée. On appelle cela la cryptomnésie sociale (nous en avions déjà parlé ici). En fait il n’y a pas de progrès sans luttes. Toute amélioration de la condition des femmes s’opère parce que des groupes minoritaires se sont battus pour cela. Voici donc quelques victoires récentes que nous avons relevées dans le monde de la bande dessinée :

Notre dernière action : Notre collectif a pris part au cycle de médiation entre le Ministère de la Culture et le FIBD qui a duré plusieurs mois. Nous sommes très heureuses d’avoir obtenu l’établissement de la parité femme/homme au sein du jury de sélection et du jury de remise des Fauves. Nous avions établi un rapport à ce propos il y a un an, et la parité sera mise en place dès l’année prochaine.

Conscientisation des éditeurs : Qui ne connait pas l’imagerie de Richard Scarry ? C’est un grand classique de la littérature jeunesse depuis les années 50. Les livres véhiculaient des stéréotypes assez forts sur les rôles des femmes et des hommes dans la société, mais aussi sur les minorités culturelles. Hé bien, plus maintenant ! Vous remarquerez dans cet article que de subtils changements ont été apportés, pour une meilleur égalité des chances. Espérons que d’autres éditrices et éditeurs prendront l’initiative de limiter les stéréotypes de leurs collections.

Visibilité dans les festivals : BilBolBul à Bologne organisait jeudi dernier une table ronde intitulée « Est-il possible de raconter des histoires sans stéréotypes de genre ? » Après la conférence-monologue « Frank Cho et les femmes » non loin de là le mois dernier, ça fait du bien !

◾ Nous parlions récemment de l’objectivation dans le Comics américain. Nous noterons également une prise de conscience chez les éditeurs concernés, et une nouvelle représentativité des femmes (sur le genre mais aussi ethnique, body-positive, etc) à travers des personnages comme Faith, Kamala Khan (Miss Marvel), Thor (femme), America Chavez (latino et queer).

Récompenses officielles : Nos acolytes hispaniques « Autoras del Comic » avec qui nous sommes jumelées ont obtenu ce mois-ci le prix « Mujeres Progresistas » de la fédération du même nom, dans la catégorie Culture & Médias. Nous sommes très heureuses que tout leur travail et leurs efforts aient été récompensés de la sorte !

Alors bonnes luttes !

Entre objectivation et invisibilisation, tu choisis quoi ?

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Deux situations concernant le traitement des personnages féminins font actuellement débat dans le milieu de la bande dessinée.

La première a commencé il y a plusieurs mois aux États-Unis autour de l’objectivation de super-héroïnes par le dessinateur Frank Cho. L’étincelle fut une couverture de Spider Woman par Milo Manara qui fit scandale en 2014, au point qu’il soit écarté des projets de couvertures suivantes chez Marvel. En soutien, Frank Cho déclina la pose « fesses dressées » de l’héroïne sur d’autres couvertures de comics, tout au long des deux dernières années, avec tous les personnages féminins possibles, adultes ou adolescentes. Sans tenir compte du scénario ou de la personnalité des héroïnes dont on lui commandait le portrait, Cho revendiquait seulement le droit de dessiner des femmes  hyper-sexualisées sans être contraint par qui que ce soit, et il le fit savoir encore et encore. Jusqu’à ce que ça tourne mal pour lui chez DC Comics, avec ses couvertures de Wonder Woman. L’éditeur américain lui en avait commandé une vingtaine. Mais le scénariste de la série trouvait la représentation de l’héroïne trop vulgaire et dénudée, demandant des corrections au dessinateur qui trouva cela si insupportable qu’il claqua la porte. Il remua tout internet en quête de soutien, en s’en prenant au scénariste de la série qui est à ses yeux « a non-artistic freelancer » non autorisé à lui dire ce qu’il peut dessiner ou non.
L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais le mois dernier le festival Comics & Games de Lucca en Italie décida d’offrir à Cho une estrade où parler de son travail. Non, pardon : où parler des femmes. L’intitulé de la conférence ne pouvait être plus explicite : Frank Cho, Milo Manara and women : a dialogue between two masters. Milo Manara était finalement absent, et ce ne fut qu’un monologue de Cho où personne n’était là pour le contredire. Aucun débat n’eut lieu quant à son objectivation de super-héroïnes, et le public ne put poser aucune question. Son départ de DC Comics ne fut brièvement évoqué que sous l’angle de la censure bien-pensante. Le clou du spectacle fut l’arrivée de Manara à la toute fin, qui répondit à la polémique en dédiant un dessin à son acolyte tout ému : Spider Woman à quatre pattes offrant son arrière-train avec un costume si serré sur ses parties génitales et son anus qu’on y verrait presque les poils. Spider Woman est tournée vers nous et crie « Cho ! ».
Ces parties génitales dressées sont comme un doigt d’honneur à l’attention de quiconque critiquerait l’univers graphique de ces dessinateurs et voudrait remettre en question leur envie permanente de sexualiser les femmes. Autant dire que ce geste n’a fait que remettre de l’huile sur le feu. Rappelons que nous avons affaire à des dessinateurs exécutants, sous contrat pour une licence massive, qui dessinent des héroïnes d’une manière qui ne correspond pas à ce que les scénaristes et une partie du public attendent. Vexés, Cho et Manara en font une affaire personnelle, crient à la censure et à la police de la pensée en mettant de côté les contraintes scénaristiques et éditoriales auxquelles ils sont soumis. Personne ne remet en cause leur droit à dessiner ce qu’ils veulent hors de ce champ.  Malgré tout leur talent et leur capacité à dessiner – aussi – des femmes puissantes, ils ratent totalement l’occasion de prendre du recul quant à la place qui est la leur dans l’industrie comics et de réfléchir aux représentations qu’ils perpétuent par réflexe. Il ne faut absolument pas confondre la demande de prise de conscience, de réflexion et de débat sur ce sujet et une demande de censure prude. La lassitude à voir ce genre de représentation dominer depuis des décennies n’inclut pas le fait de prétendre les interdire.
Simplement : sexualiser des personnages féminins à la moindre occasion, sans le faire avec le masculin, c’est sexiste. C’est de l’objectivation. Érotiser un personnage féminin dans un contexte absolument pas érotique, c’est de l’objectivation.

Sur le spectre des représentations sexistes, à l’opposé de l’objectivation on trouve l’invisibilisation. Plutôt que de réduire les femmes à un objet sexuel, on va totalement les gommer de la scène. Ou du titre de l’œuvre.
Un débat a actuellement lieu dans le milieu franco-belge concernant la série Valérian & Laureline (et une pétition tourne). Laureline est un personnage principal tout autant que Valérian dans leurs aventures à travers les astres, ils ne vont pas l’un sans l’autre : c’est un binôme à part entière, comme stipulé sur le site de l’éditeur. On saluera l’initiative de Dargaud qui retitra « Valérian, agent spatio-temporel » en choisissant « Valérian & Laureline » pour les 40 ans de la série. Enfin ! Les deux prénoms furent honorés également dans la série animée qui suivit. Mais alors pourquoi Luc Besson a-t-il choisi d’adapter la bande dessinée en retirant Laureline du titre du film ? Pourquoi le Festival d’Angoulême prépare-il une exposition là encore intitulée « Valérian » uniquement ? L’éditeur et les auteurs sont-ils en phase de supprimer Laureline du titre de la bande dessinée ? Pourtant, sur toutes les couvertures de la série ainsi que dans la bande annonce de Besson, Valérian n’apparaît jamais sans sa compagne. Le public n’a pas encore découvert le film ni l’exposition, mais une telle invisibilisation de Laureline n’est pas anodine. Ce n’est jamais le personnage masculin qui est invisibilisé.

Objectiver ou gommer des personnages féminins, cela conduit au même résultat : la souffrance des femmes, dans la vraie vie. Comme nous le publiions l’an passé dans notre Charte, ces décisions créatives n’ont « que des effets négatifs sur la perception qu’ont les femmes d’elles-mêmes, sur leur confiance en elles, et leurs performances. » Et ces décisions créatives auront toujours une influence sur ce que des hommes s’autoriseront à faire des femmes.
Entre les deux situations évoquées le point positif reste que les acteurs de l’image et le public se sont emparés de ces sujets et remettent en question les stéréotypes sexués/sexuels ainsi que l’invisibilisation des personnages féminins dans la culture pop d’aujourd’hui.
C’est ce que nous espérions. « Nous attendons des créateurs, éditeurs, institutions, libraires, bibliothécaires et journalistes qu’ils prennent la pleine mesure de leur responsabilité morale dans la diffusion de supports narratifs à caractère sexiste et en général discriminatoire (homophobe, transphobe, raciste, etc). Nous espérons les voir promouvoir une littérature qui s’émancipe des modèles idéologiques basant les personnalités et actions des personnages sur des stéréotypes sexués. » (relire la Charte -> clic)
Gageons que Manara, Cho, Besson et le FIBD prendront la mesure des enjeux en cours.

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© Laetitia Coryn

Bonus : une bande dessinée humoristique de Kate Beaton sur l’objectivation chez Marvel

Qui de l’œuf ou du stéréotype ?

Les luttes sociales actuelles nous rappellent l’importance de faire bloc, de nous fédérer pour dénoncer les injustices et pour nous emparer de nos droits.
Depuis sa création notre collectif a été abordé par un certain nombre de femmes du milieu des arts, elles-même en lutte, toutes désireuses de partager le sexisme voire le harcèlement moral et sexuel qu’elles subissent dans leur travail. Nous saluons avec grand intérêt le nouveau tumblr « T’as pas d’humour » des animatrices de dessin animé, et nous espérons que d’autres créatrices s’uniront pour dénoncer ce qu’elles subissent dans leur travail.
Au sein du collectif nous cherchons à comprendre quand et comment les stéréotypes de genre germent dans nos livres et dans ceux de nos confrères. Est-ce l’offre ou bien la demande qui plante, cultive, bouture ces clichés culturels si corrosifs ?
Pour clarifier cette problématique nous rapportons ici trois témoignages, d’éditrices et de dessinatrices.

Soline Scutella, éditrice de bande dessinée, a surmonté quantités de défis et d’épreuves pour prétendre gérer une maison d’édition bd sur le long terme, métier détenu par plus de 90% d’hommes. Si les créatrices peuvent parfois faire face à des éditeurs licencieux, les éditrices se coltinent les banquiers et autres comités administratifs. Si on ne demande pas à Soline son tour de poitrine on lui dira plutôt « Taisez-vous ma petite dame » en pleine réunion sur sa propre maison d’édition. Si on ne lui offre pas une « prime à la ténacité » on refuse de lui céder une subvention à cause de sa situation familiale à risque (femme célibataire sans enfants).
Comme si tout cela n’était pas suffisant, les diffuseurs lui laissent sous-entendre qu’ils vont avoir du mal à faire rentrer ses livres dans une catégorie. « Au téléphone mon interlocuteur me disait qu’il allait être compliqué de placer tel livre chez les libraires car ça ne va pas rentrer dans tel ou tel rayon. Comme s’il fallait rassurer le client ! Le client veut ÇA. J’ai demandé à ces commerciaux de penser autrement désormais, qu’on était devenu esclave d’un discours marketing typique de la culture mainstream sans chercher à proposer autre chose. Or, le champ de la bande dessinée s’est diversifié et on prend vraiment les lecteurs pour des idiots ! Moi je pense que les éditeurs et les libraires sont responsables de ce phénomène, et que le diffuseur s’adapte entre les deux. Par exemple il y a des éditeurs qui continuent de créer des cadres précis de genres narratifs, d’entretenir des stéréotypes faciles, et les auteurs s’y formatent. Ils adaptent leur création au cadre de l’éditeur alors que ce devrait être l’inverse ! »

C’est en effet une situation qui se retrouve beaucoup en bande dessinée et en livre jeunesse. Le niveau de vie étant aussi bas que la concurrence est forte, les créateurs/trices sont prêt.e.s à beaucoup de compromis pour mettre du beurre dans les pâtes. Lucile Ahrweiller, illustratrice jeunesse depuis 6 ans en témoigne. « Les codes changent d’un éditeur à l’autre, certains font un réel effort pour s’émanciper des clichés discriminatoires. Par contre, dans le cadre de commandes on m’a déjà demandé de changer des dessins pour les faire rentrer dans des stéréotypes de genre ou de domination blanche. Ce ne sont pas des ultimatums verbalisés, c’est plus insidieux… On m’a déjà fait comprendre que les distributeurs ne vendraient pas mes livres si mes princesses n’y étaient pas coloriées en rose. Et si je ne veux pas céder, ils confieront le projet à quelqu’un d’autre, c’est pas la main d’œuvre qui manque ! »
Que se passerait-il si tous les dessinateurs cessaient aujourd’hui de donner vie aux représentations sexistes ? Pour Lucile le problème ne vient pas des libraires : « Les libraires sont des passeurs de culture. Par contre les diffuseurs et distributeurs ont toujours besoin de classifier des objets de culture comme des produits, pour mieux les vendre, et c’est ça le vrai souci. »

Pourtant il est possible de prendre le problème à bras le corps, comme le fait la revue Biscoto par exemple. Mensuel indépendant de bande dessinée et d’illustration pour enfants, Biscoto revendique une ligne éditoriale antisexiste, en restant vigilant à la représentation des genres, aux rôles attribués aux personnages, le tout avec une équipe éditoriale la plus paritaire possible. Julie Staebler, éditrice, nous raconte sa première prise de contact avec un diffuseur-distributeur de presse. « Sa première question est « Quel public visez-vous, les filles ou les garçons ? », ce à quoi j’ai répondu « Les deux, ça s’adresse aux enfants en général, nous ne faisons pas de distinction de sexe. ». Lui : « Ah mais c’est un problème ! Vous savez, dans la tranche d’âge 8-12 ans, les garçons lisent très peu, il vaut mieux faire un journal pour les filles… »
Je feins de ne pas comprendre ce qu’il entend par « journal pour filles ». Il me présente alors les revues qui marchent bien commercialement, avec des thématiques ciblées, chevaux, poneys, et autres princesses roses guimauve. Je persiste à lui dire que c’est justement ce que nous ne voulons pas. Nous faisons un journal qui peut intéresser filles et garçons, leur sexe n’a aucune importance, nous ne voulons pas proposer un contenu qui, « a priori », intéresserait soit les filles, soit les garçons. Il enfonce le clou d’un « Oui, mais le titre, Biscoto, ça sonne plutôt pour les garçons. » Et moi : « Ah… Les filles n’en ont pas, des biceps ? »
Malgré cela Julie affirme qu’aucun diffuseur de librairies ne leur a jamais posé ces questions. Pendant les festivals elle constate l’intérêt de plus en plus de parents au stand Biscoto, ravis de trouver une revue qui déjoue les stéréotypes de sexe à offrir à leurs enfants.

Ce qui est certain c’est que tout le monde est responsable. Créateurs, éditeurs, diffuseurs, distributeurs, libraires, journalistes, lecteurs… Nous avons tous le choix de tomber ou non dans des représentations et des classifications faciles. Ce qu’on oublie trop souvent c’est que les hiérarchies et rôles sexués tuent. Le sexisme, les discriminations et le patriarcat tuent. Nous le disions dans notre charte : « Tant qu’on continuera à faire du masculin la norme et du féminin une particularité inférieure, les enfants persisteront à s’insulter de « fille » et « d’homosexuel » dans les cours d’école. » Tant que nous continuerons, des crimes haineux comme à Orlando se reproduiront.
Il est temps que tout le milieu de la bande dessinée prenne conscience de ses responsabilités. Voulons-nous faire le jeu d’une culture marketing oppressive ou adapter le cadre à nos diversités ?



Luttes internationales

En cette journée des droits des femmes, nous sommes ravies de vous faire part de notre récent jumelage avec nos « sorellas » d’Espagne : Asociación de Autoras de Cómic. Cette association d’autrices de bande dessinée était arrivée aux mêmes constats que nous en France. Elles se sont fédérées pour obtenir le même traitement que leurs confrères de métier, non sur base de leur genre ou d’une idée cliché de leur sensibilité mais sur le fruit et la qualité de leur travail.

Dans leur article d’aujourd’hui nos sorellas écrivent : « En tant qu’autrices de bande dessinée, nous préconisons un changement structurel, auquel nous souhaitons contribuer de manière décisive : que rumeur et critique soient capables de voir au-delà des stéréotypes, qu’aucune professionnelle ne soit valorisée ou discriminée en vertu de son genre, que l’industrie de bande dessinée ait réellement l’intention d’être plus juste, avec toutes et tous; et que la liberté d’expression ne soit contrainte en aucune façon par les idéologies, que les débats autour de l’art engagé cessent, car c’est bien ce qui nous définit en tant qu’autrices.« 

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De retour du FIBD 2016

encart-FIBD2016Ce fut le premier FIBD pour notre collectif, festival à l’agenda chargé ! Nous rappelons ici le déroulé de nos différents évènements et rencontres :

Jeudi 28 janvier le Collectif participa au déjeuner avec madame la Ministre de la Culture Fleur Pellerin. Étaient également présents des représentants du SNAC et des EGBD. Il a été question de la précarité des auteurs et de nos revendications pour lutter contre le sexisme.
Vendredi 29 janvier se tenait le déjeuner avec Pascale Boistard, Secrétaire d’État déléguée aux droits de Femmes, en compagnie du Collectif, d’éditrices et du préfet. À cette occasion nous avons révélé la création en cours d’une liste de consignes féministes à l’attention des professionnels de la bande dessinée.
Samedi 30 janvier la table ronde « Bande dessinée : où sont les femmes ? » questionna la fabrique de l’invisibilité et le marketing genré.
Puis, à l’auditorium du Conservatoire d’Angoulême, l’intervention « Trait féminin, trait masculin » faisait salle comble (il paraîtrait qu’une bonne centaine de personnes n’a pas pu rentrer et nous en sommes désolées). Étant souvent renvoyées à notre genre dans notre dessin, nous voulions comprendre s’il était réellement possible pour les lecteurs de déterminer le sexe de l’auteur d’une planche de bande dessinée anonyme. Le résultat de l’expérience a été parlant : sur 16 planches la moitié a été attribuée à des hommes, 3 à des femmes, et 5 ont eu des résultats mitigés. Le public était donc très surpris d’apprendre qu’en réalité toutes ces planches étaient la création d’autrices professionnelles uniquement ! L’ambiance de la salle était bon enfant, ponctuée de plaisanteries, de questions et d’idées débattues. Sur internet il est possible de refaire l’expérience et de visionner la vidéo de l’intervention.
Le dimanche 31 a débuté à 9h30 par un rendez-vous faisant suite au déjeuner avec Pascale Boistard, afin de discuter d’une convention commune autour de la question du sexisme dans le milieu de la bande dessinée. Etaient aussi présents Marie Noëlle Bas (représentante du FIBD), Samuel Cazenave (président de la Cité BD d’Angoulême), Jean-Philippe Martin (directeur de l’action culturelle de la Cité BD), Philippe Lungheretti  (directeur général), et Marion Amirgagnian (éditrice chez Delcourt). La parité dans les jurys et la constitution d’une base solide des données concernant les autrices dans l’histoire de la Bande Dessinée ont été discutés.
Enfin, pendant la session des EGBD, le Collectif a présenté son cahier de doléances. Vous pouvez le retrouver sur leur site internet.

Ce FIBD 2016 a été dense en rencontres avec les différents acteurs de la culture mais aussi avec le public. Nous espérons que ce dialogue reste pérenne malgré le récent changement d’interlocutrices au gouvernement. La Cité de la Bande Dessinée a elle aussi exprimé sa volonté d’avancer avec le Collectif sur la question du sexisme et nous comptons bien concrétiser cette année les idées mises sur la table lors du festival d’Angoulême !

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Programme du Collectif au FIBD 2016

Voici les moments durant lesquels notre collectif sera publiquement rassemblé au FIBD d’Angoulême :

Vendredi 29
Une délégation participera au déjeuner de Mme Pascale Boistard, secrétaire d’État chargée des droits des femmes, ainsi qu’au dévoilement de notre « liste de consignes à l’attention des professionnels de la bande dessinée pour lutter contre le sexisme ».

Samedi 30 de 16:00 à 17:00, à l’auditorium du Conservatoire
« Trait féminin, trait masculin : venez deviner qui a dessiné quoi ! »
Exposition virtuelle et discussion avec notamment Aurélia Aurita, Mathilde Domecq, Gaëlle Hersent, Mirion Malle, Lisa Mandel, Julie Maroh, Emilie Plateau et Natacha Sicaud.
Nous y aurons également des badges à offrir à nos sympathisants.

Dimanche 31 de 11:45 à 13:00, Espace Franquin, salle Bunuel
Nous présenterons le cahier de doléances que nous soumettons aux États Généraux de la Bande Dessinée (EGBD), « Les autrices : précaires parmi les précaires ? ». Grâce aux EGBD ce cahier, basé sur un rapport détaillé que nous avons élaboré, permettra de lancer une enquête sociologique au sein de notre corps de métier.

Boire la coupe jusqu’à la lie

Notre collectif prend acte des dernières décisions du FIBD concernant la désignation du Grand Prix. Pour autant, nous n’en sommes pas dupes. En recevant la liste des non-éligibles, les auteur.e.s de bande dessinée ont pu constater une nouvelle supercherie : tous ceux ayant reçu un Prix Anniversaire, comme Claire Bretécher, sont considérés comme non-éligibles, à l’exception de Joann Sfar qui n’est curieusement pas mentionné (prix du 30ème anniversaire du festival).
Aucun des titulaires d’un Prix Anniversaire n’ayant reçu les privilèges et l’honneur des Grands Prix lors de leur élection, tous devraient donc être éligibles cette année en tant que tel. Nous interdire de voter pour certains et non pour tous ou aucun est totalement incohérent.
Le FIBD s’enlise un peu plus.

La semaine passée notre collectif a dénoncé ce qu’il avait à dénoncer. L’écho rencontré par notre initiative montre combien la question que nous avons soulevée est importante. Nous continuerons donc notre combat, notamment sur la parité dans les jurys de tous les festivals de BD qui décernent des prix.

Le FIBD dit ne pas pouvoir « refaire l’histoire de la BD » et n’a clairement pas l’intention de la moderniser !

Notre appel au boycott a trouvé un grand soutien depuis hier, et nous remercions tou-te-s les auteur-e-s qui ont refusé de voter pour le Grand Prix 2016. Merci également aux auteurs nominés qui ont entendu notre cause et l’ont soutenue en se désistant de la liste.

Diverses polémiques font la joie des médias et réseaux sociaux depuis hier. Nous regrettons particulièrement certains mensonges éhontés d’un côté, une mauvaise foi massive de l’autre, de la part du FIBD. Ou plutôt de Franck Bondoux, son directeur délégué général.
À cela nous voulons répondre brièvement et poser une question qui brûle toutes les lèvres aujourd’hui.
Sur le site du FIBD, on peut lire depuis aujourd’hui que le Festival « aime les femmes ». Ah, ouf alors ! C’est bien tout ce que nous voulions, nous les femmes… qu’on nous rassure qu’on nous aime. Merci !
Nous ne reviendrons pas sur tout ce que le Festival démontre avoir fait pour nous les femmes ou pour la cause féministe à travers leur article. Ce qui est dérangeant c’est que Franck Bondoux nous demande de regarder ailleurs en continuant de déclarer publiquement des choses telles que « On ne va pas instaurer des quotas. Le critère doit-il être absolument d’avoir des femmes ? Le Festival reflète la réalité de cet univers. »
Si pour lui absolument aucune femme dans le monde ne mérite de figurer sur la liste des nominés 2016 et que ça, c’est le reflet de la réalité de la bande dessinée mondiale aujourd’hui, il est temps pour Franck Bondoux de changer de métier.
Vouloir par la même occasion nous faire avaler que les auteurs nominés sont des artistes qui « réalisent des créations depuis plusieurs décennies » alors que plusieurs Grands Prix n’avaient pas encore atteint la quarantaine lors de leur élection, il y a de quoi se demander si on ne se fiche pas davantage de nous. Encore cette année au moins un nominé n’a pas plus de 37 ans.
Enfin nous regrettons particulièrement que Franck Bondoux ait déclaré à BFMtv que « le festival a invité « officieusement » le collectif des créatrices à dresser la liste de femmes susceptibles d’être éligibles au Grand Prix.« , en stipulant : « Dans les suggestions, je n’ai pas vu la liste de 5 ou 10 noms incontournables« . Nous nous élevons contre ce mensonge éhonté. Si Franck Bondoux nous a bien demandé de fournir une liste, nous avons refusé de donner des noms par cette explication :

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Comme nous le réaffirmions dans cet email, notre Collectif vise à une conscientisation du sexisme et des inégalités.
Elles existent.
Nominer des femmes pour saluer leur travail devrait couler de source. Placer des femmes à des postes décisionnaires ne devrait pas poser question. Le fait est qu’il était bien peu malin de la part d’un festival qui a si peu de transparence sur son règlement, ses comités décisionnaires et sa gestion interne de faire une bêtise aussi grosse que celle que nous avons pointée hier par notre appel au boycott. On voudrait nous faire croire que ce sont les auteur.e.s qui votent pour le Grand Prix. Or, les auteur.e.s élisent trois pairs parmi une liste pré-établie, et quelqu’un d’autre aura le mot final pour départager ces finalistes.
Étant donnée l’ampleur des enjeux financiers et de notoriété que cette élection représente, tout le monde se demande depuis hier : qui donc établit ces listes ? Qui élit vraiment le Grand Prix ?

Nous attendons tou.te.s les prochaines décisions du FIBD, qui seront importantes.

FIBD : Femmes Interdites de Bande Dessinée

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grandprix-fibdSuite à la publication de la liste des nominés pour le Grand Prix d’Angoulême 2016 pour lequel nous, autrices et auteurs sommes appelé.e.s à nous prononcer, le couperet est tombé :

30 noms, 0 femme.

Nous rappelons que depuis 43 ans, Florence Cestac est la seule femme à avoir reçu cette distinction. Claire Brétecher, pilier du Neuvième Art, n’a elle-même jamais reçu le Grand Prix, repartant en 1983 avec le prix du 10ème anniversaire (prix n’ayant jamais empêché ses lauréats d’être éligibles pour les Grand Prix suivants).

Nous nous élevons contre cette discrimination évidente, cette négation totale de notre représentativité dans un médium qui compte de plus en plus de femmes.

Par le Grand Prix d’Angoulême la profession distingue l’un.e d’entre nous pour sa carrière. Ce prix n’est pas seulement honorifique, il a un impact économique évident : les auteur.e.s vont être mis en avant médiatiquement, la distinction aura un impact sur la chaîne du livre dont bénéficieront libraires, éditeurs… et l’auteur.e primé.e.

Nous demandons tout simplement une prise en compte de la réalité de notre existence et de notre valeur.

En effet, quel est donc le message envoyé aux autrices de bande dessinée et à celles en voie de le devenir ? On voudrait les décourager à avoir de l’ambition, à poursuivre leurs efforts, que l’on ne s’y prendrait pas autrement. On en revient à la notion de plafond de verre, toujours aussi désastreux : on nous tolère mais pas en haut de l’affiche. Les femmes en bande dessinée, doivent rester des « auteurs confidentiels » par usage ?

Il n’est plus tolérable que des créatrices de renom, dont la carrière est reconnue par tous et toutes, soient absentes des nominations de ce Grand Prix. Si les autrices et auteurs sélectionnent un trio dans une liste décidée par le FIBD, cette liste doit impérativement être une représentativité réelle de ce qu’est la bande dessinée aujourd’hui. Les autrices sont elles aussi des références de ce champ littéraire.

Pour l’ensemble de ces raisons, le Collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme en appelle au boycott du Grand Prix 2016. Nous ne voterons pas.

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Les hommes et la BD

Si vous avez parcouru notre page Historique, vous savez certainement que l’histoire de notre rassemblement commence en décembre 2013, lorsque Lisa Mandel contacta trente créatrices de bande dessinée pour recueillir toutes les questions qui leur ont été posées « sur le fait d’être une femme dans la bd », et ce dans le but de préparer l’évènement parodique « Les hommes et la bd » pour le FIBDI 2014. Elle avait invité Florent Ruppert, Bastien Vivès, Franky Baloney et Jérôme D’Aviau à répondre à tout un tas de questions genrées et absurdes sur leur travail.
Nous avons pu retrouver les fichiers et monter la vidéo que nous vous offrons ici ! Bonnes fêtes de fin d’année !

Si la vidéo ne fonctionne pas, visionnez-la à ce lien.